Voici le quatrième volet concernant l’inspection des façades. Dans cet article, nous allons démontrer que la présence de rangées de boutisses, dans les murs extérieurs d’un bâtiment, ne signifie pas nécessairement qu’il s’agisse d’un mur porteur massif en briques. C’est vrai qu’en général, le mur massif est un mur porteur, mais ce n’est pas toujours le cas.

En fait, il est important de déterminer s’il s’agit ou non d’un mur porteur afin de proposer une solution appropriée et sécuritaire lors des travaux de réparation.

Murs massifs et boutisses

Le mur massif en briques a été utilisé dès le XVIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe siècle au Québec. Mentionnons d’emblée que les murs porteurs massifs en briques sont composés de plusieurs rangées de briques formant un corps structural intègre grâce aux boutisses. Par définition, ces dernières sont des rangées de briques installées dans le sens contraire des autres pour créer des attaches adéquates entre les rangées de briques. Ceci pour faire en sorte que le mur porteur puisse supporter les charges des planchers ainsi que de la neige et réagir comme un corps structurel intègre et solide.

Structure en béton armé

Lors de l’invention du béton moderne, les constructeurs ont utilisé la structure en béton armé pour remplacer les murs porteurs massifs en briques. D’ailleurs à Montréal, c’est au début du XXe siècle (1905 à 1922) que le béton armé a été introduit comme matériau de construction dans plusieurs bâtiments industriels. Dans ce type de bâtiments, les briques ont été utilisées comme paroi extérieure pour couvrir les éléments structuraux porteurs en béton. Ainsi, les blocs de béton ou les blocs en terre cuite ont été utilisés pour séparer l’intérieur de l’extérieur du bâtiment. On a donc utilisé les boutisses pour fixer la paroi en briques extérieure contre la structure sans laisser d’espace entre la paroi en brique et la structure.

Théorie du contre-mur

Au milieu du XXe siècle, la théorie du contre-mur en briques – qui enveloppe la structure (béton, acier ou bois) – a été élaborée. Il s’agissait de laisser un espace d’air (lame d’air) entre la paroi en brique et la composante intérieure de la structure, et d’installer une membrane sur la structure pour empêcher l’eau d’entrer dans le mur porteur. Au tout début de cette pratique, les chantepleures n’étaient pas connues, mais plus tard pour ventiler et évacuer cet espace, on a créé des chantepleures à la base du parement et au-dessus des ouvertures.

Mur en briques et Attaches métalliques

Pour créer un contre-mur (non porteur), il faut des attaches métalliques pour fixer les briques contre la structure en madriers. Au début, ces attaches métalliques étaient tout simplement des clous fixés contre la structure. Cependant, il existe des bâtiments, des années 60, où l’on retrouve un mélange des deux façons de faire (ancienne et méthode moderne), c’est-à-dire qu’on a laissé un espace entre la paroi en brique et la structure en béton, mais on a utilisé des boutisses comme attaches. Dans ces mêmes bâtiments, on ne retrouve pas de cornières d’acier aux étages, pour supporter les briques en hauteur, car les rangées de boutisses transfèrent la charge de la paroi extérieure en brique vers la structure portante (derrière les briques).

L’ajout de cornières d’acier, à chaque étage, ainsi que des linteaux au-dessus des ouvertures a été rendu nécessaire pour supporter les briques dans le système de contre-mur.

Les murs porteurs massifs en briques présentent des problèmes différents de ceux retrouvés avec l’écran actuel (contre-mur en briques). Avec le temps, une infiltration d’eau dans l’enveloppe finit par détériorer les briques. Parfois, la détérioration est si grave que le mur ne peut être réparé et qu’il faille le remplacer carrément par le système plus moderne de contre-mur en briques et une structure intérieure portante.

Déficiences des bâtiments modernes

De nos jours, les bâtiments modernes présentent des déficiences qui diffèrent de celles qu’on retrouve avec les murs massifs. Ces déficiences sont liées au manque d’entretien ou à l’usure due au temps :

  1. Chantepleures absentes ou bouchées : on appelle « chantepleures » les trous d’évacuation d’eau placés à la base des murs de maçonnerie et au-dessus des ouvertures ainsi qu’au niveau des cornières d’acier structurales. Elles sont nécessaires pour ventiler et drainer l’espace d’air entre la maçonnerie et la charpente du bâtiment. Il doit y avoir des chantepleures à tous les 2 à 3 éléments de maçonnerie (joint de maçonnerie évidé).
  2. Efflorescence sur les briques : l’efflorescence est une poudre blanche qu’on peut retrouver sur les briques. La présence de celle-ci indique qu’il y a des problèmes d’infiltration d’eau derrière l’écran. Ainsi, l’eau de pluie pénètre l’enveloppe extérieure par les joints de scellement fissurés ou absents ou par les solins déficients, troués ou manquants. Les briques absorbent une bonne partie de cette eau – s’étant infiltrée derrière les briques – en rejetant l’humidité vers l’extérieur. L’humidité sortante achemine les sels minéraux vers l’extérieur et les dépose à la surface des briques. Ce dépôt blanc révèle donc un problème d’étanchéité dans l’enveloppe du bâtiment. Il faut alors vérifier et réparer les points non étanches.
  3. Joints de scellement fissurés ou absents (au pourtour des dispositifs perçant les façades) : des calfeutrages fissurés, de mauvaise qualité ou absents sont des sources majeures d’infiltrations d’eau dans la structure. C’est la raison pour laquelle, il est essentiel d’inspecter les joints de scellement régulièrement. On retrouve ces joints de scellement au pourtour des ouvertures (portes et fenêtres) et des dispositifs qui percent l’enveloppe ainsi qu’aux jonctions des solins et des balcons, etc.
  4. Corrosion des linteaux et des cornières d’acier : la corrosion des linteaux ou des cornières d’acier affecte la capacité et l’intégrité structurale des linteaux d’acier ou des cornières. Cette situation affecte grandement l’intégrité du mur en briques. En effet, la corrosion de ces éléments importants peut causer des fissures et des cisaillements dans les briques. De plus, les résidus du métal corrodé peuvent causer de la fissuration, dans les joints de mortier, près des linteaux et des cornières. Il faut toujours effectuer des travaux d’entretien pour les linteaux et les cornières afin d’éviter ces fissures.
  5. Cisaillements et fissures dans les briques : les cisaillements peuvent être causés par plusieurs facteurs comme la corrosion, tel que mentionné, ainsi que le mouvement structurel dans les murs de fondations. Le manque de joints de dilatation dans l’ouvrage de maçonnerie peut causer de la fissuration. Une autre déficience connue est le bombement dans les briques qu’on appelle communément un ventre de bœuf. Ce phénomène apparaît quand les attaches métalliques sont détachées de la structure. Alors, les briques bougent vers l’extérieur créant un détachement mécanique (ventre de bœuf). Dans les bâtiments âgés qui sont mal isolés, on retrouve ce phénomène dans les dernières rangées de briques en haut du parement. Il ne faut pas prendre à la légère la présence de ventres de bœuf, car les briques détachées peuvent tomber par terre.
  6. Joints de mortier verticaux fissurés : le mortier dans les joints verticaux se fissure avec le temps, ce qui peut causer des infiltrations d’eau entre les murs. Par la suite, on assiste à une détérioration des composantes de l’enveloppe. Il faut donc enlever le mortier dans les joints verticaux et remplir ces jonctions avec des matériaux de scellement flexibles reposant sur des boudins de mousse (joints de dilatation).
  7. Joints de mortier évidés : avec le temps et les intempéries, les joints de mortier peuvent s’effriter et s’évider. Cette situation affaiblit l’ouvrage en maçonnerie et laisse l’eau pénétrer dans la structure en détériorant davantage le parement. Des travaux de rejointoiement sont alors nécessaires si le problème se présente.
Mur en briques

Mur en briques

English English Français Français